Sébastien De Gyns - Secouriste et volontaire dans l'équipe FIT d'Anderlecht
Je me souviens du 22 mars 2016 comme si c’était hier.
Ce matin-là, c’était mon jour de repos et j’étais encore chez moi, probablement en train de dormir, lorsque mon téléphone s’est mis à sonner. Un message de mon responsable du service de secours nous annonçait une pré-alerte à domicile.
Quelques instants plus tard, l’alerte « PIM » tombe : nous devons rejoindre la section locale immédiatement. À l’époque, j’habitais à moins de cinq minutes à pied, ce qui m’a permis d’arriver très vite.
Nous sommes d’abord envoyés vers Zaventem et dirigés vers un Point de Première Destination à la base militaire de Peutie.
Sur place, nous attendons les informations concernant notre mission, en coordination avec la Rode Kruis Vlaanderen.
Peu après, les intervenants des Moyens d’Intervention Rapide Bruxellois présents à Peutie sont redéployés vers la station de métro Maalbeek.
À notre arrivée dans le périmètre de sécurité, tout est étrangement calme. Une ville figée, vidée de sa vie habituelle.
Nous installons le Poste Médical Avancé dans le hall du Thon Hotel, juste à côté de la station.
Nous montons également une tente pliable destinée à servir de morgue pour les personnes qui n’auront pas eu de chance.
Plus tard, on nous demande d’ouvrir un Centre d’Accueil au Résidence Palace, près de Bruxelles-Schuman, pour les impliqués.
Parmi les images qui me restent, il y a celle d’un papa entrant dans le PMA, son bébé serré contre lui. C’est à ce moment-là que j’ai vraiment pris conscience de l’ampleur de ce qui venait de se produire.
Sur le plan humain et émotionnel, j’ai réussi à rester calme. J’ai compartimenté mes émotions pour pouvoir faire mon travail de volontaire et prendre soin des autres. C’est une forme de protection, je suppose, qui permet d’avancer malgré tout.
Ce qui m’a le plus marqué ce jour-là, c’est l’engagement des volontaires. Chacun était là, calme, bienveillant, soucieux des autres. Cette solidarité nous a unis et rendus plus forts face à l’urgence.
Dix ans plus tard, cette journée reste gravée en moi. Même si je le voulais, je ne pourrais pas l’oublier.
Nous avons vu des choses qu’aucun volontaire ne devrait voir. Mais je suis fier du travail accompli, du matin jusqu’à tard dans la soirée, pour notre section locale.
Aujourd’hui, je pense que nous sommes mieux préparés. Grâce au SPF Santé publique et à la coordination régionale de la Croix-Rouge de Bruxelles-Capitale, nous avons investi dans du matériel performant et dans des véhicules FIT, médicaux et logistiques.
Le système de déclenchement des volontaires est aussi plus rapide : en une seule manipulation, plusieurs dizaines de volontaires peuvent être mobilisés.
Cette intervention a changé ma vision du secourisme. Elle m’a rappelé que chaque volontaire compte, autant pour les victimes que pour l’entraide entre nous.
On sait qu’on peut s’appuyer les uns sur les autres dans ces moments-là.
Si j’avais un message à transmettre aux volontaires d’aujourd’hui, ce serait celui-ci : même si on parle peu de ce qu’on a vécu ce jour-là, osez poser des questions.
Pour comprendre, pour apprendre, mais aussi pour garder en mémoire ceux qui sont intervenus et toutes les victimes, blessées ou décédées.
