Sébastien Stevens - Secouriste, ambulancier et responsable adjoint des Secours à Anderlecht.
Le 22 mars pour moi, c’est, une journée spéciale, partagée entre fierté de nos services de secours, de nos volontaires et regrets personnels.
Je travaille dans un SPF, le matin des attentats, il faisait beau, j’étais au travail et nous devions commencer une journée plus que normale.
J’étais déjà volontaire au service Ambulance de Bruxelles depuis plusieurs années, ambulancier et chauffeur dans le service.
Vivant dans une famille de secouristes et du personnel médical, c’était pour moi évident de continuer dans ce monde passionnant au service de la population.
Le jour du 22 mars, au travail quand j’ai appris la nouvelle, c’était par téléphone et par messages, je venais d’arriver au travail (07 h 58).
Dans les minutes qui ont suivi le chaos, le service demandait à ce qu’un maximum de chauffeurs et d’ambulanciers puisse venir pour partir vers le lieu des attentats, car on aurait besoin de monde, de bras.
Mais j’étais bloqué dans ce bâtiment mis en lockdown, plus rien ne pouvait entrer ou sortir de là, les militaires étaient arrivés pour sécuriser nos bâtiments. Les premières nouvelles tombaient, Zaventem, de nombreux morts et blessés. Je savais par expérience qu’il allait y avoir besoin de beaucoup de moyens secours et humains.
Peu après (9 h 11), une nouvelle annonce tombe, on parle d’un attentat dans le métro, c’est Maelbeek, je me dis quelle horreur et que la journée va être longue.
Mon directeur me dit que malheureusement, nous ne pouvons pas sortir, mais qu’il comprend le besoin et est tiraillé par la situation. Le soir même, j’ai demandé à plusieurs collègues et notre dispatching s’il fallait de l’aide, de bras, de soutiens quelque part. Je voulais apporter mon aide de n’importe quelle manière.
Depuis, deux ans plus tard, j’ai intégré la Section locale d’Anderlecht, comme secouriste, ambulancier. Puis rapidement, mon implication et mon altruisme, ma nécessité du partage de connaissance, a fait que je suis devenu Responsable Adjoint des Secours dans une section locale.
Notre section locale a toujours été impliquée et en possession d’un véhicule FIT (First Intervention Team) et des volontaires formés pour cela. Par cette fonction, dans l’équipe du staff, nous sommes en tant que responsables, les premiers à « appuyer sur le bouton » pour mobiliser les volontaires lors d’un événement nécessitant les volontaires du First Intervention Team de la Croix-Rouge.
En effet, les déclenchements et l’appel d’urgence aux volontaires ont bien évolué au fil du temps, du passage de la mobilisation par téléphone à chaque volontaire à la mobilisation de masse par un message d’alerte par SMS, nous avons en interne évolué notre phase de communication et de mobilisation.
J’ai beaucoup appris grâce au Responsable des Secours à Anderlecht et l’équipe, par leur témoignage également, c’est ça qui est important à mes yeux, comment ils ont agi ce jour-là avec les moyens qu’ils avaient.
Nous donnons régulièrement des formations à nos volontaires sur les procédures et techniques d’intervention, nous donnons également des formations sur les événements qu’on appelle de catastrophe (KTA) et nous possédons une belle équipe dont je suis fier à Anderlecht qui se mobilise lorsqu’il y a des déclenchements FIT. Incendies de bâtiments, fusillades, évacuation victimes en nombre lors d’un événement, fuites de gaz, attentats, manifestations importantes.
J’ai un profond respect pour ces volontaires hommes et femmes qui sont intervenus cette journée-là, leur témoignage et leur expérience est importante pour le passage de mémoire et l’expérience vécue, toujours dans un but de s’améliorer, se former et être prêts au cas où.
J’ai aussi chaque année une pensée pour ces victimes disparues ou blessées (35 morts, 340 blessés) qui ont vécu un cauchemar ce 22 mars 2016, un chaos, mais je suis rassuré de me dire qu’ils ont peut-être croisé la main ou la parole d’un de mes volontaires.
Certes le 22 mars je n’ai pas pu sortir aider, la frustration future de ne pas avoir pu apporter mon aide, tendre la main et me mettre en action, mais les années suivantes, la vocation y était, je suis bénévole avec cette part d’humanisme, d’altruisme, de main tendue.
Des années plus tard, lors de la crise du COVID, j’ai donné pas mal d’heures pour aider, sauver, transporter les gens, malades pour qu’ils soient soignés. Cette fierté du devoir accompli, n’efface pas la douleur de la frustration du 22 mars, mais aide à donner un sens à ce volontariat.
Le retour d’expérience au sein de mon travail a permis une meilleure compréhension du volontaire que je suis, de l’importance de nos engagements durant des plans catastrophes, des mobilisations d’urgences et des alertes.
Notre pager sonne pour des choses graves, à toute heure du jour, de la nuit, des vacances. Nous serons toujours là.
