Vincent Verplancken - Responsable des secours d’Anderlecht le 22 mars 2016

Le 22 mars 2016 avait commencé comme une journée de travail ordinaire. Métro, boulot… jusqu’à ce qu’aux alentours de 8 heures, une collègue annonce qu’il se passait quelque chose à l’aéroport de Bruxelles. Par réflexe, nous consultons les réseaux sociaux et les sites d’actualité. Les informations sont encore floues. Une quinzaine de minutes plus tard, mon pager sonne. À cet instant précis, nous comprenons que la situation est grave.

Très rapidement, les contacts avec la coordination confirment qu’un plan d’urgence est déclenché pour de multiples explosions à l’aéroport. De mon côté, j’active immédiatement les volontaires de la section locale d’Anderlecht afin de les mettre en alerte et de préparer un déploiement rapide.

Le temps de rejoindre la section, de récolter les premières informations, d’accueillir les volontaires qui arrivent progressivement et de donner les premières consignes sur le matériel à engager, nous recevons l’instruction de nous rendre à la caserne militaire de Peutie pour centraliser les intervenants et les moyens de secours.

Sur la route, une nouvelle information tombe : quelque chose vient de se produire dans le métro à Bruxelles. La situation prend une toute autre ampleur.

À notre arrivée à Peutie, nous tentons de faire le point avec les responsables présents (Rode Kruis Vlaanderen). Très vite, il apparaît que les moyens sont déjà massivement engagés et que la situation est difficile à maîtriser. Nous ressentons que notre présence serait plus utile directement à Bruxelles. Quelques minutes plus tard, la confirmation arrive : nous sommes redirigés vers le métro Maelbeek.

En arrivant aux abords de la rue de la Loi, la tension est immédiatement palpable. Les forces de l’ordre sont sous pression, la situation n’est pas sécurisée et l’incertitude est omniprésente.

Nous nous déployons dans l’hôtel Thon, où, avec d’autres sections, nous mettons en place un poste médical avancé. Une tente est également installée pour faire office de morgue. Très vite, nous sommes confrontés à des scènes extrêmement dures : cris, pleurs, blessures de guerre. Rien ne nous avait réellement préparés à cela.

Dans un second temps, une partie de notre équipe est redirigée vers l’arrière de l’hôtel afin d’ouvrir un centre d’accueil pour les personnes impliquées. La coordination est difficile : les communications sont saturées, les informations circulent mal, et la tension avec les services de police et l’armée reste élevée, la zone n’étant pas encore totalement sécurisée.

Finalement, le centre d’accueil est déplacé vers un lieu plus sûr, au Résidence Palace. Nos équipes y mettent en place une structure organisée en plusieurs zones, en collaboration avec le SISU et l’assistance aux victimes de la police.

Le rôle de nos volontaires est essentiel : accueillir, encadrer, enregistrer les personnes impliquées. Avec mes adjoints, nous tentons de coordonner l’ensemble, de rétablir des lignes de communication, et de répondre aux besoins logistiques en lien avec les responsables du site.

En fin d’après-midi, le centre d’accueil peut fermer. Cependant, une de nos équipes est envoyée en prévention à Schaerbeek, en appui lors de perquisitions. Elle rentrera en soirée sans devoir intervenir.

Nous terminons la journée en rassemblant l’ensemble des intervenants de notre section. Un moment nécessaire pour partager, mettre des mots sur ce que nous avons vécu, et rappeler que des dispositifs d’accompagnement existent pour chacun.

Cette journée restera gravée. Nous n’étions pas préparés à faire face à un tel niveau de violence, mais elle a profondément transformé notre manière de travailler. Depuis, des formations spécifiques ont été mises en place, du matériel adapté a été déployé, et les procédures de communication et de déclenchement des plans d’urgence ont été améliorées.

Ce jour-là, au cœur du chaos, chacun a fait de son mieux. Et c’est peut-être cela, au final, qui compte le plus.

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